Lisée, émule de Machiavel

J’aime beaucoup Jean-François Lisée. Il est intelligent et articulé. Cependant, il a du Machiavel dans le nez, ce qui est un atout quand on est analyste, mais peut être inquiétant pour l’électorat quand on est politicien. Sa dernière entrée sur son blogue est une énième attaque contre ceux qui n’ont pas voté « du bon bord”, c’est-à-dire péquiste, en votant Option Nationale et Québec Solidaire, ce qui aurait causé la perte de la majorité péquiste.
Je ne veux pas parler ici des bienfaits ou périls du vote stratégique, mais de la stratégie de Lisée.

Dans son blogue, pour démontrer tout le mal que le vote stratégique a fait au Parti Québécois, il cite Bryan Breguet du site Too Close to Call.

“Dans ce billet, je regarde le nombre de comtés où le PQ a perdu et l’écart a été moindre que 50 % des votes QS+ON. J’y vais à 50 % car c’est une bonne approximation des deuxièmes choix des électeurs de ces partis. Il serait faux d’aller à 100 % car si QS et ON n’existaient pas, ce n’est pas vrai que le PQ récupérerait 100 % de leurs votes.

Alors, combien? La réponse est 11! C’est très proche des simulations que j’avais faites durant la campagne. Eh oui, si QS et ON n’existaient pas (sauf dans Mercier et Gouin), il est vraisemblable que le Parti Québécois aurait remporté 65 sièges, le PLQ seulement 42 et la CAQ 16. On pourrait même ajouter 4 comtés où bien que l’avance soit supérieure à 50 % des votes QS+ON, cela aurait été proche (Groulx, Mégantic, Nicolet-Bécancour et Montarville).

Les 11 comtés en questions sont: Jean-Lesage, La Prairie, L’Assomption, Laurier-Dorion, Maskinongé, Papineau, Richmond, Saint-Henri-Saint-Anne, Saint-Jérôme, Trois-Rivières et Verdun.

La division du vote a donc bel et bien nui au PQ davantage qu’en 2008.”

En lisant ceci, on ne peut qu’être d’accord. Après tout, c’est une tierce personne qui semble neutre dans ce dossier. Quand on va voir l’article cependant, on se rend compte que Lisée n’a utilisé que la première phrase de l’avant-dernier paragraphe et a omis le dernier paragraphe en entier, paragraphe qui introduit un bémol sérieux à l’impact de ce prétendu argument massue. (La partie omise est en italique.

“La division du vote a donc bel et bien nui au PQ davantage qu’en 2008. Est-ce Pauline Marois pensait que QS et ON allaient s’écraser? Ou n’envisageaient-ils jamais que le PLQ se retrouve si élevé? Il faudrait le leur demander.

Je voudrais cependant exprimer un avis un peu plus personnel ici: s’il est vrai que le PQ a souffert de la division du vote hier soir, il faut aussi se souvenir que le PLQ et la CAQ se divisent le vote fédéraliste (et de droite) dans bien des comtés. Aussi, le Parti Québécois serait mal placé de se plaindre de cette division du vote alors que ce parti refuse une réforme du mode de scrutin ou un accord électoral avec ces formations. Si j’étais Pauline Marois, je tenterais au moins d’approcher ces deux partis et de proposer des retraits mutuels de candidats dans des comtés ciblés pour les prochaines élections. Ce n’est pas traditionnel en politique Québécoise, mais il faut bien que quelqu’un essaie pour une fois.“

Hum. “Aussi, le Parti Québécois serait mal placé de se plaindre de cette division du vote alors que ce parti refuse une réforme mode de scrutin ou un accord électoral avec ces formations.“

Si on faisait l’exercice, et que l’on comptabilisait le nombre de sièges que le vote fédéraliste aurait eu, qui aurait la majorité pensez-vous? J’ai un petit deux que ce ne serait pas le PQ.

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Voter avec son coeur ou sa tête

Mon fil d’actualité Facebook est rempli de messages, pro-PQ pour la plupart, qui encouragent à voter avec leur tête et non leur coeur, ce qui veut dire en gros de voter PQ, parti qui a une chance de gagner et non pour QS et ON, partis qui n’ont aucune chance de former le prochain gouvernement.

Je trouve cette dichotomie coeur/tête un peu simpliste et même fausse. Je sais que c’est Françoise David qui est à l’origine de cette expression, mais je la crois erronée. Si on vote pour le parti qui représente le plus nos idéaux, c’est que l’on a étudié le programme de ce parti et que l’on s’est reconnu dans ses idées. C’est donc dire que l’on a utilisé sa tête pour réfléchir et développer cette opinion. Le geste de voter pour ce parti qui n’a aucune chance ou un autre qui peut remporter l’élection ou le comté n’est pas une question de coeur ou tête, mais d’être sincère à l’essence de l’idéal démocratique ou de succomber au cynisme que les failles du système électoral actuel suscitent, ce qui est en fait faire de la realpolitik. La dichotomie devrait donc être entre idéalisme et cynisme, ceci dit sans dénigrer ce cynisme.